ENFANTS DU MACADAM

Pendant que nos bien-pensant

entament le crédo de la justice

je les compte encore par plus de cent

ces gamins poussés au bord du précipice

 

Pégases noir et sans ailes

Requiem de misère éternelle

Phoenix des douleurs immortelles

C'est la marmaille des ruelles

 

Oubliés d'un paradis illusoire

Survivants d'une terre dérisoire

Sentiments charcutés au rasoir

Ce sont les ombres des musoirs

 

Archange de l'amertume

Martyrs de la collective écume

Mélancolie forgée sur l'enclume

Ils sont quelquefois l'ivraie du bitûme

 

Jamais seront Monsieur, Madame

Acteurs de cruels drames

Calomnie de lieux infâmes

Ils sont les enfants du macadam

 

Vautrés dans leur broderie anglaise

Ils souhaitent qu'enfin, je me taise

Eh bien ! Qu'ils ne leur en déplaise

Encore, je leur rimerai l'infantile mésaise

 

Dans cette poésie urbaine

Pendant quelques minutes à peine

Au sein de la puérile servitude, je les amène

pour que le remord coule en leurs veines

 

Qu'ils soient gouvernants du pays des volontés qu'on opprime

du royaume des aspirations qu'on supprime

des territoires où méditer est un crime

Je les conjure de cesser leur frime

 

Ils se disent si magnanimes

pour leur effort trop minime

Ils ignorent tout des désirs légitimes

de ces enfants pseudonymes

 

Peut-être suis-je un peu désespéré ?

Peut-être se produira le miracle inespéré ?

Peut-être se décideront-ils de légiférer ?

Peut-être les aurai-je assez exaspéré ?

 

Sincèrement, permettez-moi d'avoir de sérieux doutes

 

D'autres avant moi ont voulu les sensibiliser

 

Alors, laissez-moi encore vous raconter l'histoire d'enfants en déroute

Question d'un peu plus, les culpabiliser

 

 

 

 

Dans la chaleur de la nuit

Le mioche court sur les remparts

Dans la noirceur de sa vie

Il fuit vers nulle part

 

Sous la valse des lampadaires

Il chante pour oublier

Oublier qu'il est un solitaire

qui voudrait tant être aimé

 

Les poings tendus vers l'Eternel

Ses cris sont de velours

Chassé comme un criminel

Il espère encore au retour

Un rayon de lune caresse son visage

Sous ses yeux ruissellent des perles d'argent

Quand donc s'arrêtera ce long voyage

Qu'il fait depuis déjà trop longtemps

 

Sur les ailes du temps

Il cherche la vérité

Quel est donc le secret du vent ?

Celui qui conduit à l'éternité

 

C'est une histoire de moutard

qui traverse la ville endormie

Un choc entre la vie et la mort

comme un long cri à l'agonie

 

Ses pas foulent les roses du macadam

Son regard se perd dans l'illusion

Parfait décor pour qu'arrive le drame

où l'être tente une futile évasion

 

Dans le calme avant la tempête

Son esprit plus haut s'élève

Des voix dans sa tête

Comme pour lui accorder une trêve

 

Soudain, un ange fait son apparition

et lui témoigne un peu de compassion

"Allez, viens, embarque avec moi!

"Je veux faire mon chemin avec toi."

 

"Jusqu'où tu vas, j'irai

le vide que tu ressens, je le comblerai

Ton avenir, je veux le partager

Allez! Laisse-moi t'emporter!"

 

Sur cette route sombre

Au travers le halo des phares aveuglants

Elles apparaisssent comme des ombres

ces images qui le hantent tellement

 

C'est une histoire de fou

qui traverse la ville engourdie

Un choc entre le vide et le tout

comme un long cri d'hystérie

 

Les images de sa vie. Quelle vie ?

Scènes de coups, scènes de morsures

Scènes de querelles, scènes de démesure

Scènes de combat pour la survie

 

L'altercation finale

Les murs de sang

Un dernier geste fatal

Partir, s'enfuir à neuf ans

 

Chassé de sa maison

Envahi de mille démons

S'ils avient pu comprendre

Qu'il ne voulait que se défendre

 

Solitude errante sur les trottoirs ,il court

Le temps est venu de prendre le détour

Au loin, il voit la lumière salvatrice

L'ange lui tend la main libératrice

 

Au ciel, tombent mille perséides

comme pour le guider vers la délivrance

Qu'enfin se termine son existence perfide

Devant la lumière, il s'élance

 

Ce n'est qu'une histoire de moutard

qui traversait la ville endormie

Un choc où s'est arrêté le cauchemar

et où enfin, a cessé l'agonie

 

Tous les "psys" ont fait leur savants commentaires

"Bien trop jeune pour vouloir quitter la terre."

Chacun se demandant ce qu'il aurait pu faire

"Hypocrites ! Vous n'aviez qu'à ôter vos visières."

 

Répondez donc à cette question qui persiste

"Pourquoi est-ce toujours quand ils meurent

que vous vous rendez compte que ces enfants là existent?"

"Trop souvent, ce monde m'écoeure"

 

Est-ce qu'un jour cesseront ces oraisons funèbres ?

Verront-ils bientôt la fin de leur saison de ténèbres ?

Quand donc s'arrêtera l'épouvante

de cette planète devenue trop sanglante

 

Rêverie de visionnaire

de cesser d'être leur missionnaire

De ne plus être l'émissaire

de tous ces innocents de l'amour déficitaire

 

Ne plus être le guide de ce paradis tant recherché

où finit la tendresse écorchée

La dernière bouée à laquelle ils peuvent s'accrocher

ces souffre-douleur qui ne veulent plus se cacher

 

Sur les pavés mouillés

mes pas foulent ce sol, de leur sang, souillé

Vague à l'âme et déprime

transpirent dans mes rimes

 

Tous ces vers inutiles

que depuis longtemps vous n'écoutez plus

Métèque de cette époque futile

Désolé, mais je n'en peu plus

 

Echo d'une longue complainte

Suprême dérobade

Douce est l'étreinte

qui interrompt ma balade

 

La Camarde emporte mon destin

Ma quête de l'impossible prend fin

Lueur éteinte sur votre gâchis

Je m'en vais rejoindre mes amis

 

 

Nourrisson des Muses, il a écrit son dernier poème

En Lettre d'or, sur sa pierre tombale

sont gravés ces quelques mots banals

" Enfants du macadam, je vous aime. "

 

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