J'étais là, flottant sur toutes ces larmes versées par les anges du ciel...

une petite réflexion issue d'un moment de vie

 

Papemich, dont vous connaissez la condition de santé (cancer) revient d'un ultime voyage familial dans le Sud (Cuba). Il nous relate ici une courte expérience qu'il a vécu là-bas.

 

J'étais là, flottant sur toutes ces larmes versées par les anges du ciel, à regarder les yeux entrouverts, cette lumière solaire.

J'étais là, comme volant au dessus du ciel, observant l'arc-en-ciel que produisait la lumière chaleureuse filtrée par quelques gouttes ruisselantes sur mes cils.

J'étais là, et pendant un bref instant, mon esprit s'est égaré en de vagues scénarios de ce à quoi pourrait ressembler l'ultime moment de vie, celui où la lumière céleste et divine nous appelle.

La tête légèrement immergée, suffisamment pour que mes oreilles ne puissent plus entendre que le bruit du néant, que le souffle de mon corps, j'espérais que le dernier voyage puisse se passer ainsi.

J'aurais voulu que ce moment dure une éternité, toute l'éternité en fait. Serais-je ainsi après mon passage dans l'autre monde??? Sans plus de douleurs aucune, sans plus de tourments ni de regrets, sans plus de tracas ni de ressentiment. Une sorte d'osmose où je ne serais plus UN parmi les êtres vivants , mais seulement vivant dans l'ÊTRE universel.

Serait-ce ainsi que le dernier appel se ferait??? Ressentirai-je alors cette chaleur, cette douce moiteur qui enveloppait mon corps???

En un court instant , où le temps n'avait plus d'emprise sur moi, je n'osais à peine penser ou réfléchir, comme si j'aurais souhaité emprisonner pour toujours, pour tous les jours que la vie m'accordera, cette plénitude, cette sérénité d'une profondeur allant bien au-delà de mon âme. N'éprouvant plus le besoin de trouver les réponses à toutes ces questions qui nous harcèlent lorsque le MAL nous habite et nous gruge lentement par en-dedans.

Je n'osais à peine bouger, de crainte que ce moment s'arrête, que la mince ligne entre la réalité et l'imaginaire ne se rompe. Mais la réalité est quelquefois une ennemie redoutable, et peu patiente. On peut bien tenter de la fuir, de l'ignorer, et même à la limite, de la renier, elle finit toujours par nous rattraper.

J'étais là, flottant sur toutes ces larmes versées par les anges du ciel, espérant qu'une brise légère m'emporte bien au-delà de l'existence, bien loin de cette réalité qu'est la mienne. Je souhaitais aussi que cette douce brise transporte au travers des cieux cette chaleur que je contemplais, que je ressentais, pour que mes amis(es) qui me sont si précieux(ses) et qui, pour certains, souffrent comme moi, puissent eux aussi la ressentir et la voir , et l'avoir aussi, en eux.

J'éprouvais un curieux sentiment, partagé entre la pensée que la vie me devait bien cet ultime voyage, peut-être, où je pouvais voir ma compagne de toujours être heureuse et récompensée de tant d'efforts et de courage, où je pouvais profiter avec elle de cette luxure, de cette abondance outrageuse et accessible, de tous ces abus que la raison nous empêche de commettre. ET, en même temps, d'un certain remord d'abuser ainsi au milieu de tant de démunis et de tant de pauvreté.

 

La réalité , elle, me guettait affectueusement. Je vous parle de cette réalité qu'est celle, bienveillante et amante, qui partage ma vie depuis tant d'années...

Elle devait s'inquiéter de mon état inanimé...

"Chéri !!! Qu'est-ce que tu fais ???"

"Je me pratique....."

Je n'ai pas complété ma phrase. Et au fond, je ne savais plus vraiment quoi répondre...

J'étais là, flottant sur toutes ces larmes versées par les anges du ciel, à me pratiquer...

 

À mourrir...

 

ou à Vivre...

 

je ne savais plus.......

aout 2002