J'avais tué la vie...
En un lointain Ailleurs que les hommes n'avaient point encore exploré, se trouvait un immense désert aride jonché de grains de poussières enfumés...Telle une abyssale fosse s'offrant aux caresses brûlantes du soleil, telle une cuve bouillonnante à l'origine infernale, son étendue n'avait de limites que l'horizon flamboyant d'un écarlate ciel de juillet.
Sur cette terre virginale, échappé d'un monde devenu trop cruel, mes pas sans but ni raison me guidaient vers un néant dont l'absolu ne laissaient que les empreintes de douleureuses souvenances éparses. Comment m'y étais-je retrouvé, je l'ignorais.
Peut-être était-ce suite à l'abus de quelques substances chimiques inhalées lors d'une de ces trop nombreuses tentatives futiles et maladives, où pour en arriver à expirer, il me fallait toujours davantage inspirer...Qu'en savais-je ???
Le temps lui semblait me fuir autant que je souhaitais le maîtriser. Presque dénudé, en haillons, j'avançais lentement mais inexorablement vers ce qui allait de toutes évidences devenir l'ultime sarcophage d'un illustre moribond ayant trop souvent vagabondé en des mers d'amertume et de tourments.
Nulle âme volatile ne parcourait cette contrée parfumée d'effluves où s'amalgamaient les senteurs de cendres et de brasier. Jamais, en ce lieu consumé, ne s'étaient versés quelques sanglots de vie. Pas une seule parcelle d'oasis salvateur ne voulait m'apparaître. Si le Diable avait un territoire de prédilection, c'était là...
Alors que mes paupières allourdies par un vent torride me pesaient de plus en plus, épuisé de cette quête démesurée pour trouver une quelconque vérité inavouable, comme si mon regard se refusait au spectacle de ce néant et navrant paysage, je la vis tel un mirage holographique issu de rêves aussi insensés que fous. Isolée, abandonnée, mais hissée vers le firmament, fière et hautaine, elle semblait si réelle...Mais était-ce possible ???
Je tentais désespérément de la saisir, puis tel un ignoble barbare, de l'arracher.
Une goutte de sang perlant sur ma main ridée par tant de rechutes me prouvait que désormais, j'avais atteint la frontière de mon épique et fatidique randonnée. Malgré la souffrance que provoquaient les épines maintenant enfoncées dans le creux de ma main, je l'écrasais avec autant de force que je pouvais.
Telle une offrande à tous les spectres de Lucifer, les bras tendus vers le zenith universel, j'hurlais ma triomphale victoire...
Puis, dans un soubresaut d'une conscience amnésique, je compris ....Quel imbécile mortel j'étais...Quel débile mort je serais....
En déracinant cette rose, j'avais tué la vie......
Papemich @2002
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