Il était une fois...
Un homme qui marchait dans la vie, se laissant guider au gré du vent, n'écoutant ni sa raison ni son coeur. Ses pas n'avaient plus aucun but et de jours en jours, il les trouvait de plus en plus lourds.
Nul ne savait d'où il venait et cela avait peu d'importance. Lorsqu'on lui demandait qui il était, il répondait invariablement :"Je suis poussière...". D'allure plus qu'ordinaire, le regard hagard, le teint déteint, ce dérangé ne dérangeait jamais. Il était comme tant d'autres sur cette terre, un anonyme dans la foule.
Un jour, alors que le temps était à la morne grisaille, on le vit contempler la mer. Cela devait bien faire plus de trois semaines que celui-ci venait, tôt le matin, s'accroupir et se recroqueviller sur la plage encombrée de tous les déchets de la société. il restait ainsi, immobile , incolore et inodore. Comme s'il avait attendu l'émergence d'une quelconque vérité absolue. Certains, plus audacieux et plus téméraires que la masse amorphe des témoins insensibles qui forment la majorité endormie, avaient bien tenté de lui parler. Mais ils n'avaient eu droit à aucune réaction de sa part. Pas un clignement d'oeil, pas un battement de cils ni même un froncement de sourcil...Rien...Absolument rien...
Que le soleil soit torride, ou que la pluie déferle, que la chaleur soit accablante ou que le froid soit transperçant, il ne bougeait pas...Il en était ainsi du matin au soir. Puis, il repartait s'engouffrer dans une sorte d'abri d'infortune construit avec quelques pièces de carcasses usées...Et il semblait tellement malheureux....
Un certain matin, c'était en septembre, la brume recouvrait la ville, ou était-ce peut-être l'air pollué et vicié? Qu'importe, une collégienne se risquait à se faire insistante auprès de lui.
"Qu'attends-tu donc ainsi? Pourquoi ce rituel irrationel? Quel en est le but? Ceseras-tu un jour ce manège? " Pour toute réponse, elle eut droit à un "rien" dit sans vie et sans énergie...
Mais elle ne désespérait point...Et plusieurs matins encore, elle allait auprès de cet individu et reposait sans cesse les même questions. Et toujours elle entendait la même réponse insipide...
Puis, un jour où le soleil brûlait la peau comme un foutu grilloir, elle osa poser sur les joues ridées du vagabond étrange, un tendre et doux bisou...Tous pensaient alors qu'il allait enfin réagir...Car elle était fort jolie cette collégienne...Et les hommes du village se disaient qu'il était bien chanceux cet énergumène...Mais encore une fois, il ne semblait pas prendre conscience qu'il avait la chance inouïe de recevoir un tel cadeau...
Cependant, à la dixième journée, immédiatement après que le délicat baiser fut déposé, il se retourna enfin vers elle...
-"Pourquoi?"
-"Pour rien..."
C'était là les mots que les habitants curieux et voyeurs entendirent...
Cette journée-là, elle resta avec lui, comme si elle avait été envoutée par un charme irrésistible et mystique. Et quand les ombres du noir émergèrent en silence, il se leva, lui prit la main, et ils partirent...On ne les revit plus jamais....
Et ensemble, ils poursuivirent un chemin qui n'allait nulle part, eurent de nombreux enfants qui batifolaient dans la mer, et vécurent heureux....
papemich @2002