C'était au mois de septembre.  Aux premières souffleries fraîches qui teintent d'arc-en-ciel  les feuillages de la Généreuse Forêt.  L'astre de feu, épuisé d'un été à dorer les peaux-rouges, commençait à se coucher plus tôt.  Et Dame Lune, perpétuelle dans son cycle, se dévoilait de plus en plus, au gré des nuits qui passaient, jusqu'à se faire pure et ronde.

 

- Moi, Chatanie, Chouette brave, je veux parler.

 

C'était au mois de septembre.  Dans la vallée des rochers brisés, là où serpentait à l'infini le labyrinthe des profondes rides creusées par le temps, là où s'élevait en nuages de poussière le sable foulé par la calvacade effrénée des hordes de poneys sauvages et furibonds, le ciel s'ombrageait lentement d'un orangé rosacé.  Bientôt, la froidure nocturne s'étendrait sur la surface désertique.

 

- Moi, Tékouachi, Étalon Volant, je veux t'entendre

 

- Sais-tu qui je suis?

 

- Tu es celle qui écoute et parle aux oiseaux de la Sacrée Montagne.  Tu es la fille de Laonou, le Loup Chef, et de Mérina, Chèvre Combattive.  Ils ont rejoint la Grande Plaine Céleste.  Tu assures pitance et paix à ta tribu.  Et l'Harmonie règne autour de toi car le Grand Manitou te protège.  Voilà qui tu es.  Mais toi, sais-tu qui je suis?

 

- Tu es celui qui va plus vite que le vent.  Sur ton cheval blanc, tu traverses les rochers qu'importe la distance qui les sépare.  Tu es le fils de Baniachi, le Coyote Sage, et de Darinia, Fleur des Sables.  Eux aussi ont rejoint les Terres Célestes du Manitou.  Tu as guidé ta tribu au milieu de la Terre de Feu.  Et vous vivez dans les entrailles de ce sol.  Et le Grand Manitou veuille sur toi aussi.  Voilà qui tu es.

 

- Alors parle, car tu es digne que je t'écoute.

 

- Je parlerai, car tu es digne de m'écouter.  Nous possédons dans la Généreuse Forêt bien des animaux dont la chair nous nourrit.  Nous savons les chasser et les capturer.  Vous possédez  sur votre territoire les chevaux forts et vaillants qui vous transportent bien plus rapidement que mes braves peuvent courrir.  Et vous savez les dompter.  Si nous unissions nos tribus, alors tes braves et leurs montures nous permettraient de transporter davantage de gibier.  Et mes chasseurs pourraient ainsi capturer plus de bêtes.  Nous pourrions partager toute cette abondante viande.  Et nous aurions assez de fourrure pour protéger du froid nos deux tribus.

J'ai dit.

 

- Ce sont là des paroles sages et sérieuses.  Il est vrai que le temps est peut-être venu pour  nos deux peuples de se rencontrer.  Il est vrai que nous avons à apprendre de vous, comme vous, vous pouvez apprendre de nous.  Ainsi, votre territoire serait aussi nôtre.  Et notre territoire serait aussi vôtre.  Oui, cela serait bien. J'ai dit.

 

Il l'observa longuement.  Elle était svelte et angélique.  Ses cheveux d'un noir d'abime, ses yeux d'un bleu de pierres rares, sa bouche fine, son menton haut et fier.  Pour le reste, il n'osait à peine jeter un regard tellement elle imposait respect et vénération.  

 

Elle l'observa longuement.  Il était grand et musclé.  Sa longue tignasse d'ébène , ses yeux d'un  vert perçant, sa machoire carrée, sa large carrure d'épaules.  Pour le reste, elle ne put s'empêcher de remarquer la robustesse de ses mollets.  Oui, il portait bien son nom d'Étalon...

 

- Mais que ferons-nous pour sceller cette union?

- Si nous nous sommes rencontrés aujourd'hui, cela était la volonté du Grand Manitou.  Alors laissons-le nous montrer comment nous devrons faire. Il nous dira.

 

- Alors qu'il en soit ainsi.

 

Chacun retourna auprès des siens.

 

Dans l'azur d'une lueur naissante, alors que s'engouffre au loin la noirceur d'une nuit déjà achevée, les premières lumières du ciel traversent tant la vaste plaine que la cîme des arbres.  Venant d'un infini incertain, l'on observe la chevauchée fantastique et gracieuse.  Et l'on entend fort bien le concert magnifique où les hennissements fougueux et sauvages se marient aux hululements doux et volages.  Une merveilleuse chorégraphie où s'élance à grandes foulées un bel étalon blanc, sur le dos duquel, une chouette nuptiale déploie ses ailes.

 

Tel fut le rêve que firent  cette  nuit là, Chatanie et Tékouachi...

 

Tel était le signe du Grand Manitou.

 

Telle est la vieille légende autochtone de l'Étalon et de la Chouette....

 

Papemich @ 09-200

·(Les légendes de nature autochtone n'en sont pas de véritables.  En ce sens que si, il est vrai que la mère de mon père était une indienne, de la nation Wendake, la référence à ses " histoires et légendes " n'est que fiction. Il en est de même pour le vocabulaire.  Certains  mots sont bien authentiques, mais plusieurs sont une création de l'auteur.)

 texte suivant                                       retour au menu